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Se convertir au Bouddhisme

ou vivre en bouddhiste ?

Copyright © Sâdhana

Aux personnes qui me posent très (ou trop...) fréquemment cette question

" Je désire, (ou pire encore ...) je Veux me convertir au Bouddhisme ! Qu'y a-t-il à faire et comment ? "

croyant encore que le Bouddhisme est une religion au sens donné à nos grandes religions occidentales, je leur réponds tout compassionnellement que ce désir souvent exacerbé, ce besoin, souvent illusoire de conversion traduit manifestement la confusion de et dans leur ignorance de ce qu'est réellement le Bouddhisme; tant elle prolonge cet état dans lequel leur propre religion, ou tout du moins la transmission qu’on leur a fournie des textes sacrés, les a maintenues, des millénaires durant. voir Kâlamâ soutrâ 

Ce qui fait que je compatis, avec beaucoup de d’équanimité, à leurs troubles, à leurs doutes, à leurs errances, à leurs recherches aussi. Face à l'insatisfaction croissante des fidèles à l'égard des religions, qu'elles soient catholique, protestante, orthodoxe, juive ou islamique, face à la désertion progressive des lieux de cultes, face à l'accroissement inquiétant du nombre de sectes, tant athées que néo-apostoliques et charismatiques, face aux fanatismes et intégrismes de tous bords, beaucoup de personnes voient dans le Bouddhisme un exutoire, un refuge, une planche de salut. Ce qui s’avère être une vue totalement erronée.

Bon, leur démarche est intéressante et valable pour autant qu'elles ne conçoivent pas l'inclination envers le Bouddhisme par simple répudiation de leur propre tradition. Le fait de verser dans une opposition irrémédiable à sa tradition n'a jamais donné de bons résultats, car si l'on rejette quelque idéologie pour s'en aller chercher une autre, on ne fait que transposer ses attentes, projeter ses exigences sur celle dont on pense qu'elle nous apportera le salut.

Ce qu'a enseigné le Bouddha est communément appelé Bouddhisme. Certains le considéreront comme une religion (qu'il est devenu entre les 2è s av. et après. J-C), d'autres comme une philosophie (ce qu'il est authentiquement à l'origine). D'autres encore pensent que cet enseignement est à la fois religieux et philosophique. Il n'est ni ne doit devenir en aucun cas " un prêt à penser " à consommer dans un "  toutoutd'suite " comme un " burger " au Macdo , ni encore moins un " prêt à convertir " destiné à rehausser un quelconque " religiaumat ", fondé qu'il est avant tout sur la compréhension issue de l'expérience vécue et non sur quelques croyances hypothétiques impermanentes ... 

La façon la plus correcte de le dénommer ne serait-elle pas enfin " une voie de Vie ", sans pour cela le limiter uniquement à son coté éthique, en en faisant un code strict. Loin de nous cette idée. Alors qu'est-ce au fond cet Enseignement ?

C'est une voie d'auto-réalisation, morale, intellectuelle et spirituelle, menant à la libération complète et définitive du mental et des souffrances qu'il créées; ce que le Bouddha lui même a appelé Dhamma-vinaya, à savoir écoute de l'Enseignement et mise en pratique de celui-ci selon une discipline qu'il a incarnée, discipline étant bien sûr l'art d'être un disciple, bon de préférence, expérimentant par lui-même a posteriori la valabilité de cet Enseignement et ne la pratiquant nullement par moutonnement conformiste !

Affirmant que, par le truchement de la loi du karma, l'être humain est auteur-acteur de sa vie, à cet égard, le Bouddhisme originel va à l'encontre même d'un " salut " par procuration extérieure (prôné nonobstant, à l'image des grandes religions occidentales, par certaines écoles japonaises s'y référant nonobstant par " Amithabâ " et " Rengge Kyo " interposés...).

Ceux qui qualifient le Bouddhisme de religion doivent toujours avoir présent à l'esprit qu'il ne s'agit en aucun cas d'une " démarche actionnelle ou conduite comportant une croyance, une dévotion à, un désir de plaire à un pouvoir divin (ou autre) régnant sur l'univers ", ni encore " d'un exercice de pratiques rituelles et d'observances, plus ou moins automatiques et contraignantes,  impliquant ceci et cela ou destinées à obtenir des récompenses ".

On devrait plutôt envisager que l'homme est porteur en lui-même d'un certain potentiel suprême, invisible, la dite " nature de Bouddha " ou le " Royaume des Cieux ", envers lequel, en acquérant sa connaissance et son mode d'emploi, si je puis dire, il doit le plus profond des respects.

Alors, à ce titre là, le Bouddha est seulement un maître, je lui préfère le vocable d'Enseigneur qui  s'est contenté de montrer la Voie, accompagnant les disciples vers leur propre délivrance. Ce qui fait que lorsqu'un bouddhiste ou tout autre personne, en recherche, va "prendre refuge en Bouddha", il ne s'agit ni d'une action sous-tendue par l'espoir d'être sauvé par le Maître, encore moins d'être pris en charge comme un animal abandonné ou une " âme en peine, à défaut d'égarée...", mais d'accorder une pleine confiance à son Enseignement dans le rôle de vade-mecum accompagnateur de sa progression dans la Voie correcte.  

A titre de comparaison, je prendrai l'image des chemins pédestres: des écriteaux indicateurs balisent votre chemin et votre progression vers le but que vous voulez atteindre; ce chemin n'existe que par le promeneur qui le parcourt, ce en portant attention à ces écriteaux pour ne pas se fourvoyer, retourner en arrière ou se perdre.

Alors pour devenir un bon(ze) et vrai bouddhiste, est-il absolument impératif se déplacer jusqu'en Asie? Faut-il suivre des initiations et combien ? Faut-il réellement adhérer à un centre dont le monastère-racine se trouve en Inde, Birmanie, Thaïlande, Tibet, Ladakh ou Japon ? Faut-il enfin se convertir ou non ?

Je crois, ici, avec le flot d’illusions véhiculées entre autres par les Christianisme, Judaïsme, Islam ou tout autre mouvement spirituel non théiste - en tant que phénomène " religieux " - qu'une confusion s'est instaurée entre les notions de Foi, Croyance et Religion.

Ni le Bouddha, ni le Me Jésus, ni les véritables maîtres n'ont voulu convertir les gens, ils leurs insufflaient essentiellement le seul désir de changer leur vie pour parvenir au bonheur, à l’abolition de la Souffrance en s'éveillant à eux-mêmes et, parvenus à cet état d’Eveil, aider les autres à y parvenir par eux-mêmes. Rien d'autre ! Evidemment, dans les applications concrètes et courantes, telles qu’on a pu les observer depuis des millénaires, il y a encore loin de la coupe aux lèvres et cela n’est pas allé en s’améliorant au vu des innombrables conflits religieux qui secouent régulièrement le monde depuis deux millénaires ... !

Revenant à cette notion de conversion, elle implique l'action de se tourner ensemble vers, mais avec qui et vers quoi, si on ne sait même pas qui l'on est. Il serait plus juste d'employer d'abord le terme d'invertir ou se tourner vers son intérieur pour se connaître soi-même; ce que n'ont cessé de répéter les philosphes grecs, les mystiques chrétiens et soufistes, à l'instar des maîtres bouddhistes.

Après quoi, il sera possible d'être en " égalité authentique " avec ceux qui ont pratiqué la même démarche dans un processus religieux (religieux dans le sens de destiné à relier les gens partageant la même philosophie et non quelque doctrine hiérarchiquement aliénante). D'abord la reliaison spirituelle verticale, puis la reliaison humainement horizontale...

Le temps n'est pas différent que celui où vivait le Bouddha, les gens ne sont pas plus différents, maintenant, avec leur lot d'avidité, de haine, d'orgueil, d'ignorance, d'ego débordant de toutes parts de peurs, d'attachements et de colère. Seules, les conditions matérielles de vie ont quelque peu changé avec leurs flots inhérents de désirs croissants, leurs exigences technico-sociales, les oblitérations en fonction du statut économique, l’omniprésence de la rentabilité compétitive, mondialisation et globalisation en prime...!

Être bouddhiste ne veut pas dire forcément être né birman, cambodgien, chinois, coréen, japonais, laotien, sri-lankais, thaïlandais, vietnamien etc. ou même et surtout, selon l’actuel engouement, tibétain. On ne le devient pas non plus parce que l'on s'est adonné à l'étude du pâli, du sanscrit, du tibétain ou du japonais, en atteignant un niveau d'érudition, certes louable.

On ne le devient pas, non plus, suite à des fréquents séjours en Extrême-Orient; on ne le devient pas à force de multiples initiations, séminaires, retraites auxquels on s'est adonné, non sans quelques souffrances, courbatures, dépaysements exotiques en prime, monnaies sonnantes et trébuchantes, offrandes en tous genres, etc.

Le savoir empirique et l'érudition n'apportent pas forcément les niveaux de conscience spirituels attendus ou escomptés que seule peut apporter la Connaissance basée sur l'Expérience consciente. Ne réfléchissez pas sur les doctrines bouddhiques, sur les multiples niveaux de réalisations, nous ne feriez qu'introduire la confusion dans votre mental déjà envahi de doutes.

Vous n'avez pas à comparer votre état à celui d'une échelle des valeurs que vous trouveriez soi-disant dans un grimoire miraculeux. Ce qui est important, c'est la connaissance de vous-mêmes que vous allez acquérir afin qu'aucun état du corps ou du mental ne vous soit plus étranger et ne vous maintienne plus dans l'ignorance.

On est bouddhiste par la justesse de ses pensées, paroles, actes petits et grands, dans un quotidien courant, souvent d’une ordinarité banalement effarante et surprenante, où les mots clés restent Voir et Comprendre.

"Fuir le Mal, faire le Bien et avant tout purifier l'Esprit"

comme le résume si bien ce vers du Dhammapâda.

C’est en cela que réside la véritable conversion, elle est commune à toutes les véritables et authentiques traditions spirituelles dans leur verticalité essentielle au delà de toute adhésion aveugle à des croyances collectives, par trop souvent dépersonnalisantes…

Ainsi, l'on remarque que beaucoup de gens, se disant bouddhistes, en sont à cent lieux; que beaucoup d'autres, ignorants se conduire comme tels, en sont de véritables...

A nous, de savoir si nous voulons être maître ou esclave de notre vie.

Lotus1.tif (56790 octets)

Ce que nous enseignent nullement les religions instituées... !!!

N.B: je recommanderai vivement la lectures de deux livres de Christmas Humphreys, fondateur de la Buddhist Society of London, théosophe éclairé et pratiquant zen " Vivre en bouddhiste "- Fayard - et " Une approche occidentale du Zen " - Payot -. Livres malheureusement épuisés (à dénicher chez les bouquinistes) dont j'appelle, de mes voeux les plus pressants, une réédition nécessaire. Ce en sus des " Bouddhisme " - Buchet/Chastel et " Concentration et méditation " - Dangles-  du même auteur dont les propos et les prises de position à l'encontre de " l'entichement " pour le Bouddhisme m'ont inspiré et déterminé à " remettre le pipal au milieu du vihara " pour qu'il ne soit plus l'objet d'une vogue à la mode, mais bien le moteur d'un " art de vie " personnel et responsable, toutes appartenances socio-culturo-religieuses confondues !!! D'autres lectures sont à découvrir sous :
http://www.bouddha.ch/ndlindis.php?Categorie=Bouddhisme&Indis=txtIndis

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